Les révisions proposées par l’Union européenne (UE) au règlement relatif à la divulgation d’informations sur la finance durable (SFDR) ont pour but d’améliorer la transparence et la clarté pour les investisseurs dans les produits financiers durables. Toutefois, les défenseurs de cette cause affirment qu’en l’absence de stratégies d’engagement obligatoires, les divulgations pourraient avoir un impact significatif limité.
La Commission européenne (CE) révise le SFDR depuis 2023 pour répondre aux critiques selon lesquelles il est utilisé comme régime d’étiquetage des produits financiers contrairement à son objectif initial, qu’il impose une charge de conformité aux entreprises et qu’il offre une faible protection aux consommateurs.
Dans le cadre du processus de révision en cours, le Parlement européen a publié son projet de rapport. Les propositions du rapporteur, l’eurodéputé Gerben-Jan Gerbrandy, constitueront la base des négociations du Parlement sur les mises à jour proposées par la CE à partir de novembre 2025, qui comprennent des limitations des exigences pour les indicateurs des principaux effets négatifs (PAI), des réductions des informations à fournir au niveau des produits, et un système de catégorisation pour les produits financiers durables qui comprend des catégories “durable”, “transition” et “ESG de base” pour permettre aux investisseurs de mieux comprendre le niveau d’ambition de chaque investissement en matière de développement durable.
Le rapporteur considère la proposition de la Commission comme un point de départ
Dans la note explicative du rapport, le rapporteur a déclaré que la proposition de la Commission représente “un excellent point de départ pour créer un meilleur cadre de financement durable dans l’Union européenne”. Dans le même temps, le rapporteur a également déclaré que la proposition nécessitait des améliorations en termes de transparence, d’efficacité et d’allègement des charges.
Transparence: Le rapporteur a formulé trois recommandations relatives à la transparence des conditions ESG des produits financiers.
Premièrement, les produits financiers qui ne peuvent pas être classés dans la catégorie SFDR devraient pouvoir inclure une clause de non-responsabilité indiquant que le produit ne répond pas aux normes de l’UE pour la définition des produits durables, ce qui atténuerait le risque d’écoblanchiment en indiquant clairement aux investisseurs que le produit n’est pas conforme à la SFDR.
Deuxièmement, il devrait y avoir un ensemble limité d’indicateurs obligatoires pour améliorer la comparabilité des produits catégorisés.
Enfin, les acteurs du marché qui proposent des produits conformes à la SFDR doivent décrire leur stratégie d’engagement en matière de développement durable et la manière dont elle est mise en œuvre en fonction des objectifs du produit. S’ils ne disposent pas d’une telle stratégie, ils doivent en expliquer les raisons.
Efficacité: Le rapporteur a proposé trois amendements pour améliorer l’efficacité de l’investissement durable.
Premièrement, la catégorie “ESG basics” devrait exiger des investissements qu’ils “surpassent l’univers d’investissement moyen, l’indice de référence ou la notation moyenne après avoir éliminé au moins 20 % des valeurs les plus basses pour les indicateurs ou les notations choisis”.
Deuxièmement, les zones de sécurité pour les indices de référence relatifs à la transition climatique dans les catégories “transition” et “durable” devraient être supprimées, car il existe un lien avec d’autres législations européennes qui exigent les mêmes conditions d’exclusion pour tous les investissements.
Enfin, la sphère de sécurité pour les produits issus d’activités économiques alignées sur la taxonomie devrait passer de 15 % à 20 %.
Allégement de la charge: Conformément à la proposition de la Commission, le rapporteur a proposé la suppression des rapports au niveau de l’entité.
La divulgation ne remplace pas l’engagement
Peu après la publication des révisions proposées par la Commission en 2025, ShareAction, une organisation caritative indépendante basée à Londres et axée sur la défense de l’investissement responsable et durable, a publié la SFDR 2.0 : Reinforcing stewardship to support a credible sustainable finance framework (Renforcer l’intendance pour soutenir un cadre crédible de finance durable). Ce document répond aux propositions de la Commission en formulant deux recommandations politiques majeures.
Tout d’abord, ShareAction a proposé d’intégrer et de renforcer les pratiques d’intendance dans l’ensemble du cadre de la SFDR afin de soutenir de solides rendements financiers pour les entreprises et des résultats environnementaux pour les parties prenantes. En réponse à la proposition de la Commission de faire de la gestion des produits une stratégie d’engagement optionnelle uniquement pour la catégorie de produits “transition” et de supprimer les informations au niveau de l’entité, ShareAction a recommandé que l’engagement soit une stratégie transversale pour toutes les catégories de produits et que les investisseurs aient accès aux informations au niveau de l’entreprise.
Deuxièmement, ShareAction a proposé un ensemble fixe d’exigences fondamentales applicables à toutes les catégories de produits et un ensemble limité d’indicateurs PAI pour tous les produits financiers. Elle a également proposé d’augmenter l’alignement de la taxonomie de 15 à 20 % et d’exclure clairement l’expansion des combustibles fossiles des produits répertoriés comme durables.
Dans une déclaration fournie à 3E, Isabella Ritter, responsable de la politique européenne chez ShareAction, a noté que le projet de rapport ne faisait pas des stratégies d’engagement une caractéristique obligatoire du cadre de catégorisation des produits. Au lieu de cela, elles sont incluses en tant qu’exigence de divulgation pour les produits catégorisés sur la base du principe “se conformer ou s’expliquer”. Elle a également noté que l’exclusion des combustibles fossiles pour les nouveaux projets a été maintenue dans les catégories “durable” et “transition”, mais que les informations au niveau de l’entité n’ont pas été introduites, ce qui signifie que les investisseurs de détail et les consommateurs n’auraient pas accès à des informations au niveau de l’entreprise sur la durabilité et la performance au-delà de l’exposition au risque.
“Le projet de rapport publié aujourd’hui indique clairement que l’engagement est important, en exigeant que les produits classés divulguent une stratégie d’engagement”, a déclaré M. Ritter. “L’engagement est l’un des outils les plus efficaces pour orienter les entreprises bénéficiaires vers des voies durables. Cependant, la divulgation seule risque de devenir un exercice de cochage de cases, les acteurs des marchés financiers pouvant justifier l’absence de stratégie sur la base du principe “se conformer ou s’expliquer”. Pour avoir un impact significatif, l’engagement doit devenir un élément central du système de catégorisation des produits, en particulier dans la catégorie des produits en transition.
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